Le Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC) suit avec une profonde préoccupation les informations concordantes faisant état de l’exécution de plusieurs personnes déplacées par des éléments armés identifiés comme appartenant à la milice CODECO, le 10 avril 2026, aux abords de la rivière Mbi, dans le territoire de Djugu, en province de l’Ituri.
Ces civils, déjà en situation de grande vulnérabilité en raison de leur déplacement consécutif aux affrontements entre la CRP et les FARDC, auraient été tués dans des circonstances d’une extrême violence. Si ces faits sont confirmés, ils constitueraient des violations graves du droit international humanitaire et des droits fondamentaux de la personne humaine.
Le CIDHC note, avec une inquiétude croissante, la récurrence de telles exactions dans une province pourtant placée sous régime d’état de siège. Cette situation met en évidence les limites persistantes des dispositifs sécuritaires actuels et interpelle quant à la capacité effective des autorités compétentes à garantir la protection des populations civiles.
Sans préjuger des conclusions d’éventuelles enquêtes indépendantes, le CIDHC observe que la persistance des attaques attribuées à la milice CODECO, ainsi que leur caractère répétitif et ciblant majoritairement des civils, contribue à instaurer un climat de terreur durable dans plusieurs entités du territoire de Djugu.
Le CIDHC considère qu’une réponse plus cohérente, plus rigoureuse et mieux coordonnée de la part des autorités provinciales et nationales s’impose. L’inaction, les réponses tardives ou insuffisantes, ainsi que l’absence de reddition des comptes risquent d’être perçues comme des facteurs aggravants de l’insécurité et de l’impunité.
Au regard de la gravité de la situation, le CIDHC formule les recommandations suivantes :
- Exiger l’ouverture diligente d’enquêtes indépendantes, impartiales et transparentes afin d’établir les faits et de poursuivre les auteurs présumés de ces crimes ;
- Renforcer de manière significative les mesures de protection des populations civiles dans les zones affectées par les violences armées ;
- Réévaluer et adapter la stratégie sécuritaire dans le cadre de l’état de siège afin de répondre efficacement aux menaces persistantes ;
- Accroître la coordination entre les autorités provinciales, nationales et les partenaires internationaux en matière de sécurité et de protection des civils ;
- Engager les démarches nécessaires, aux niveaux national et international, en vue de la reconnaissance de la milice CODECO comme organisation terroriste, au regard de la nature de ses actions et de l’impact de ses violences sur les populations civiles ;
- Mettre fin à toute forme d’impunité en garantissant une reddition effective des comptes pour les violations graves des droits humains.
Le CIDHC réaffirme son attachement au respect de la dignité humaine, à la protection des civils et à la primauté du droit. Il appelle l’ensemble des acteurs concernés à agir avec responsabilité, diligence et détermination face à une situation qui ne saurait perdurer sans compromettre davantage la paix et la cohésion sociale en Ituri.
Fait à Goma, le 14/04/2026
Pour le Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC)
Maître PALUKU NGAHANGONDI Jean-Paul
palukungahangondijp@gmail.com
pngahajp@cidhc.org
Monsieur PITCHOU SHOMONGO MBEY ROLAND
mroland@cidhc.org
DÉCLARATION SITUATIONNELLE SUR LES VIOLENCES ARMÉES EN ITURI ET LES EXACTIONS ATTRIBUÉES À LA MILICE CODECO